Débat-conférence

15aine-theatre_bando

 

Le théâtre sur notre territoire : enjeux, moyens et perspectives

Débat-conférence animé par la Compagnie Générale

Vendredi 21 octobre 17h, Bibliothèque Louis Nucéra – Nice

Intervenants :
Diane SCOTT – chercheuse, critique, professeur d’université, metteuse en scène, directrice de la revue Incise
René CORBIER – Directeur artistique de l’Espace 55 à Mougins, ancien directeur des affaires culturelles de Cannes
Thibault Rossigneux : directeur de la compagnie Le Sens des mots implanté dans le Doubs
Modérateur : Eric Oberdoff

COMPTE RENDU

En présence de Jean-Luc Gagliolo qui démarre la conférence en la replaçant dans le cadre de La Quinzaine des théâtres qu’il affirme n’être pas un festival mais une manifestation pour rendre visible aux yeux des Niçois la proximité des nombreux lieux de spectacles en actvité. Création de la fédération Pôle Nice Théâtre – Arts vivants (volonté de construire un outil durable).

Voici les sujets abordés : le théâtre public en danger par la baisse des moyens, la question du public, l’importance du lieu, le rôle un peu désespéré de l’action culturelle.


Première intervention : Diane Scott

Elle  démarre  avec  le  refus  de  la  destruction  en  cours  du  théâtre  public  (Cf.  Anne  Quentin),  de  le  sauver même au-delà de son fonctionnement réel, de ses dysfonctionnements.  Elle remonte aux années 1990 avec la fin des idéologies, injonction à « re-politiser » le théâtre avec l’idée qu’au théâtre, il y a du « peuple qui est produit ». Aussi, au nom du populaire, des directeurs ont été renvoyés  car  jugés  trop  élitistes  (ex  :  Quimper).  Ce  que  mettent  derrière  le  terme  «  populaire  »  certains financeurs  publics  :  les  attentes  supposées  du  public  et  du  grand  public,  du  non-public  (catégories délétères : les soit disant exclus de la culture, les personnes maltraitées économiquement). Face à des objets culturels consensuels, quelle est la voie de salut du théâtre ? Tentation du théâtre à se comparer à l’incommensurable (public télé, cinéma). Elle fait le rapport avec le positionnement de la peinture à l’apparition de la photo pour capter le réel. Rebondir par la défaite, être poussé dans ses retranchements. (Plus on est pauvre, plus on a de contraintes, plus on fait preuve d’inventivité). Les politiques actuels savent qu’ils doivent s’emparer de la culture dans leur discours mais ils n’y connaissent souvent pas grand-chose et s’en remettent à leurs conseillers culturels pour en parler.

 


 

Deuxième intervention : René Corbier

Il rebondit là-dessus : c’est presque mieux quand les élus n’ont pas d’avis sur la culture, ils accordent plus leur confiance aux professionnels comme le DAC, un travail en binôme est possible. Tentation pour le spectacle vivant de se comparer à d’autres objets culturels. Les missions de la ville en matière de culture sont diverses : conservation et valorisation du patrimoine, du livre, enseignement artistique, aide à la production et diffusion du spectacle vivant. Le rôle du directeur des affaires culturelles : être attentif à tous ces secteurs, donner des outils d’analyse aux élus qui arbitrent les budgets, qui sont les décideurs juridiques. Il a son autonomie propre dans le choix de soutenir telle ou telle compagnie. Il évoque le festival Made in Cannes qui a moins fonctionné quand la démarche a été d’aller vers un nouveau public. On n’a pas trouvé la solution pour toucher un nouveau public. La culture coûte cher comme la construction d’une route etc. les artistes sont l’oxygène, faire du beau, développer du lien, éclairer la société, prendre de la hauteur.

Question d’un auditeur sur les critères de choix : un comité d’experts DRAC se déplace pour voir les compagnies, le choix est subjectif mais le temps est un implacable juge. Prise de parole dans la salle d’Alexandra Tobelaim : demande des pouvoirs publics d’implication des artistes sur le territoire pour colmater les brèches d’un tissu social tendu, fracturé. Les artistes sont missionnés alors que les politiques contribuent à cristalliser les tensions. Réponse de René Corbier : On leur demande de tout faire comme aux enseignants, éducateurs. Pour Diane Scott, la question du lieu est une piste intéressante, recentrer la création sur l’offre et pas la demande. Réponse de René Corbier : c’est bien de donner un message, mais il faut que le message soit aussi entendu.


Dernière  intervention  :  Thibault  Rossigneux

Il  a  parlé  de  son  implantation  dans  le  Doubs  dans  un  territoire éloigné de l’offre culturelle. À Paris, il a travaillé sur le rapprochement des sciences et du théâtre contemporain (rencontre auteur / chercheur). Il sort de 3 ans de résidence dans la ville de Creil (105 nationalités dans la ville). À Paris, il n’a jamais rencontré les politiques. Son travail a toujours été bien accueilli, il vit bien de celui-ci. Parisien « de souche », il a fait le choix de faire du théâtre dans une zone complètement rurale. Quand il a dit aux habitants qu’il proposait un atelier de théâtre, personne n’est venu. Il était découragé mais les élus l’ont soutenu et poussé à persévérer. Ensuite, il leur a dit qu’il allait « faire des choses », peu à peu les habitants se sont déplacés et ensuite ont plongé dans le théâtre. La 3ème année, ils ont créé Tot, la mortelle comédie, les participants ont recherché des textes, ont écrit, il est épaté par l’implication des participants. En tant que directeur de compagnie subventionnée, il se sent confronté toujours à la peur de déplaire. Pour être subventionné, il ne peut plus faire de spectacles sans proposer de l’action culturelle. La proposition d’ateliers, c’est ce que regardent en premier les financeurs, plus que le projet artistique.  Attention  au vocabulaire  qu’on  emploie.  Le  mot  théâtre  fait  peur  aux  personnes  qui  n’y  sont  jamais  allées  ;  après,  elles disent : « Ah, c’est ça le théâtre ! »

 


Une personne du public un peu agressive réagit : « Vous ne vous posez pas la question « Pourquoi les gens ne viennent pas au théâtre ? ». Lui dit qu’il ne va plus au TNN car il a été déçu par le premier choix d’Irina Brook de proposer un spectacle en anglais pour marquer sa venue. Il évoque le prix des places, Diane Scott rétorque que le prix n’est pas un critère de choix car des gens sont prêts à dépenser de l’argent pour un concert de Johnny ou un téléphone. Il critique ensuite le flyer de La quinzaine des théâtres et son manque d’informations. À  la  suite  de  cette  critique,  Jean-Luc  Gagliolo  reprend  la  parole  et  explique  sa  volonté  pour  cette manifestation de créer le désir auprès du public, des pouvoirs publics, des artistes d’organiser un festival à moyen terme. Enfin,  une  autre  personne  demande  pourquoi  la  conférence  n’a  pas  été  plus  axée  sur  la  situation  des artistes  locaux.  Eric  Oberdorff  répond  qu’ils  ont  voulu  éviter  le  «  quant  à  soi  très  niçois  »,  et  éclairer  la situation de Nice à la lumière d’autres expériences.


>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Prochainement le compte rendu vidéo de la conférence débat.>>>>>>>>>>>>>>>>>>