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J’habite un village

2013 – 2014 – 2015

Puget-Théniers – Villars-sur-Vars – Guillaumes

Un village est une agglomération rurale caractérisée par un habitat plus ou moins concentré, possédant des services de première nécessité et offrant une forme de vie communautaire.

Le projet – Compagnie Gorgomar

En 2012, Robert Velay, le Maire de Puget-Théniers, et Johanna Autran nous proposent une « résidence » de deux ans sur la commune. C’est dans ce cadre que nous avons créé différents projets dans le village. Des représentations de spectacles – Viva Garibaldi, Daïda la vida, Monsieur Mouche – des ateliers d’écriture et des ateliers de pratique théâtrale ont rythmé la vie du village pendant deux années : à l’école élémentaire, au collège, à la maison de retraite, à l’hôpital.

Nous avions envie d’un projet qui aille à la rencontre des hommes et des femmes de ce territoire qui nous accueillait.

Animés par le désir d’interroger l’intime, la représentation sociale, les liens qui unissent les hommes, nous avons imaginé : J’habite un village.

Pendant cette aventure de deux ans, nous avons collecté de la matière humaine et patrimoniale.

En tant qu’artistes, la question de l’identité et de sa construction nous passionne. À travers des portraits d’habitants, nous avons creusé dans l’essence de ce pays pour nous rapprocher de l’universel.

Le résultat fut surprenant et de cet échantillon d’humanité, nous avons eu la chance de pouvoir créer trois spectacles, une exposition photo de 35 portraits, un livre et un site Internet.

L'engrenage des choses humaines n'est point fatal comme celui de l'univers, il est modifiable à toute minute.

Louis-Auguste Blanqui

Comment le projet a-t-il été financé ?

Afin de réaliser ce projet, la commune de Puget-Théniers a bénéficier de subventions de l’Europe, de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur et du département des Alpes-Maritimes, avec l’aide du Pays Vallée d’Azur Mercantour.

Le Pays Vallées d’Azur Mercantour a pour vocation d’accompagner et de soutenir les communes et les habitants dans leurs projets, notamment en mettant à leur disposition une aide pour la recherche de financements. Depuis plusieurs décennies, la France connaît une évolution conjointe de sa politique d’aménagement et de ses relations ville / campagne. Avec la mutation des modes de vie et le développement des réseaux de transport, le monde rural s’est transformé, exigeant alors de nouvelles politiques adaptées à ses besoins. C’est ce contexte qui a donné naissance au Pays Vallées d’Azur Mercantour, en tant que territoire de projets, dans un principe de solidarité.

Ainsi, avec l’aide du Pays, la commune de Puget-Théniers a sollicité l’aide financière de l’Europe, du Conseil Régional PACA et du Conseil Général des Alpes-Maritimes, dans le cadre de la mesure 323E du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER). Ce dispositif a pour objectif de développer l’attractivité des territoires ruraux, tels que le Pays Vallée d’Azur Mercantour, en préservant et en valorisant le patrimoine culturel. Il permet donc d’améliorer le cadre de vie, de conserver et de mettre en valeur les éléments culturels patrimoniaux et de développer le potentiel touristique des espaces ruraux.

L’enjeu de ce dispositif est la gestion et la valorisation du patrimoine rural, car il est un vecteur fort de promotion de l’identité du territoire tout en constituant une ressource pour le développement. Il s’agit en outre d’un enjeu majeur de visibilité, d’attractivité économique et touristique, et de développement des territoires.

Le projet J’habite un village s’est donc naturellement inscrit dans ce dispositif, ayant lui-même pour ambition de contribuer à préserver des éléments patrimoniaux du Pays, notamment le patrimoine immatériel que constitue l’identité du territoire, à travers le collectage de la mémoire et la création artistique.

Comment avons-nous collecté la mémoire ?

Dans une période où tout s’accélère, ce projet est une bulle d’oxygène pour notre équipe artistique. À chaque rencontre nous avons été surpris de constater à quel point les gens ont envie de parler. Envie de se raconter, de nous donner à entendre leur vie. Toutes ces histoires pourraient donner lieu à 1000 spectacles. Nous sommes témoins de la fin d’une époque : le monde rural d’après-guerre, les enfants de la DASS placés à la campagne, les femmes vieilles filles, la laiterie, les tanneurs, les orchestres du village, tous les terrains cultivés … Et nous pouvons observer un présent riche d’espoir : des jeunes diplômés qui viennent sur le territoire, la possibilité de manger des produits qui ont fait zéro km, une vie moderne à la campagne … Un enracinement qui porte ses fruits !

Quelles grilles d’entretien ?

Après un temps d’analyse du territoire, nous avons décidé de nous concentrer sur cinq axes principaux : l’histoire, la démographie, le patrimoine, l’économie et enfin le tissu associatif et ses acteurs. Nous avons ensuite établi un panel de personnes qui jouent un rôle social dans le village. Nous nous sommes concentrés sur le maire et les employés de mairie, les commerçants, les enseignants, le curé, le facteur, le directeur des abattoirs.

Dans chacun des trois villages, nous commencions par rencontrer le maire. En territoire, il est l’acteur public qui connaît le mieux le pays et la population qui le compose. Il entretient avec elle une relation privilégiée proche du schéma familial. Nous pouvions donc grâce au maire avoir une liste de personnes ressources, obtenir des renseignements – sur les anciennes familles, les nouveaux arrivants, les figures, ceux qui travaillent au village ou les acteurs de la vie associative – et préparer nos interviews.

Pour la plupart, les villageois nous ont accueillis chez eux (50%), sur leur lieu de travail – mairie, abattoir, cabinet médical, centre de loisirs – (30%), ou au bar (20%).

Le questionnaire

Le milieu : nom du village, patronymes les plus fréquents, surnoms, climat, quartiers, productions, …

L’individu dans son groupe : état civil, groupe familial, …

L’histoire personnelle : naissance, enfance, instruction, relations, loisirs, entée dans la vie active, vie adulte, mariage, vie professionnelle, …

La vie actuelle : travail, vie familiale et relationnelle, …

Les modèles culturels, la vie du village : points d’eau, transports, croyances et traditions, fêtes, spécialités culinaires, …

Les opinions : qu’est-ce que vous aimez dans la vie de village ? Quelles traditions faut-il conserver ? Celles que vous voudriez voir disparaître ? Qu’est-ce que vous changeriez ? Quelle appréciation portez-vous sur votre existence ?

Nous adaptions le questionnaire en fonction de chacune des rencontres. Notre but était de récolter non seulement de la matière patrimoniale, mais également du fond pour la création du spectacle.

Nous avons donc parfois ciblé nos questions, afin que les réponses nous permettent de construire une dramaturgie : raconter un souvenir d’enfance, un souvenir de festin, chanter une chanson, raconter une recette de cuisine, parler du rapport au Train des Pignes.

Pour étayer leurs propos, les personnes rencontrées et interrogées se sont souvent appuyées sur des documents : bulletins municipaux, albums de famille, calendrier des pompiers, cartes, tracts, livres, …

Ces moments de rencontre se sont souvent déroulés dans une ambiance chaleureuse. La convivialité était toujours au rendez-vous, autour de thé, café, vin, génépi, sirop, gâteaux, fromages ou févettes. Chaque personne nous donnait d’autres contacts au sein de sa propre famille et de son cercle d’amis. Ainsi parrainés, nos rencontres futures ne furent que plus aisées. Nous faisions déjà, en quelque sorte, partie de la famille. Enfin, tel un rituel, un portrait photographique en pose venait clore la rencontre.

L’équipe

Aurélie Péglion : argument, entretiens, écriture, comédienne

Jean-Michel Goujon : photographe

Thomas Garcia : cartes postales, montages sonores, portraits audio, compositeur pour le spectacle

Thierry Paladino : documentaire vidéo des rendus publics, écriture

Philippe Auzizeau : écriture, comédien

Philippe Maurin : scénographe, technicien

Fabrice Barbin : régisseur

Fanny Tissot-Giordana : création graphique, création affiche, mise en page du livre

Annie Laligant : dactylo et bons conseils

Johanna Autran : coordinatrice, relais avec les populations

Nicolas Eustache : guide, aide précieuse sur les rendus publics quand il ne se casse pas le doigt !